Vous souhaitez divorcer et votre conjoint est d’accord sur le principe de la séparation, mais vous ne parvenez pas à vous entendre sur toutes les conséquences ? Le divorce accepté — aussi appelé divorce sur acceptation du principe de la rupture du mariage — est probablement la procédure qui correspond à votre situation.
Souvent confondu avec le divorce amiable par consentement mutuel, le divorce accepté est pourtant une procédure bien distincte, qui fait intervenir le juge aux affaires familiales. Dans ce guide, nous clarifions les différences entre ces deux voies de divorce et détaillons le déroulement complet du divorce accepté.
Qu’est-ce que le divorce accepté ?
Le divorce accepté, prévu aux articles 233 et 234 du Code civil, est une procédure dans laquelle les deux époux sont d’accord pour divorcer, mais pas sur l’ensemble des conséquences de la séparation. C’est le juge qui tranche les points de désaccord.
Le principe fondamental
L’acceptation porte uniquement sur le principe de la rupture du mariage :
- Les deux époux reconnaissent que le mariage est irrémédiablement rompu
- Ils acceptent le divorce sans avoir besoin d’en invoquer les raisons
- Aucune faute n’est reprochée à l’un ou l’autre des époux
- Aucune rétractation n’est possible une fois l’acceptation signée
Attention : L’acceptation du principe de la rupture est irrévocable. Même si vous changez d’avis par la suite, vous ne pourrez pas revenir en arrière. Il est donc essentiel de bien réfléchir avant de signer le procès-verbal d’acceptation.
Ce qui distingue le divorce accepté des autres divorces contentieux
Contrairement au divorce pour faute ou pour altération définitive du lien conjugal :
- Pas de griefs : on ne cherche pas à établir la responsabilité d’un époux
- Pas de délai de séparation : il n’est pas nécessaire de vivre séparés
- Procédure plus apaisée : l’accord sur le principe réduit la dimension conflictuelle
- Durée plus courte : généralement 6 à 12 mois contre 18 à 36 mois pour un divorce pour faute
Divorce accepté vs divorce amiable : tableau comparatif
C’est la confusion la plus fréquente en droit de la famille. Voici un comparatif détaillé pour bien distinguer ces deux procédures.
| Critère | Divorce amiable (consentement mutuel) | Divorce accepté |
|---|---|---|
| Accord sur le principe | Oui | Oui |
| Accord sur les conséquences | Oui (sur tout) | Non (désaccords possibles) |
| Passage devant le juge | Non (dépôt chez le notaire) | Oui (JAF) |
| Nombre d’avocats | 2 obligatoires | 1 ou 2 |
| Durée moyenne | 1 à 3 mois | 6 à 12 mois |
| Coût moyen | 1 500 € à 4 000 € | 3 000 € à 8 000 € |
| Qui tranche les désaccords ? | Personne (accord total) | Le juge |
| Rétractation possible ? | Oui (avant la signature) | Non (après acceptation) |
| Enfant demandant audition | Empêche la procédure | N’empêche pas |
| Époux sous protection juridique | Empêche la procédure | Possible avec autorisation |
Quand choisir le divorce accepté plutôt que l’amiable ?
Le divorce accepté est la meilleure option lorsque :
- Vous êtes tous deux d’accord pour divorcer mais pas sur le montant de la pension alimentaire, la garde des enfants ou le partage du patrimoine
- Les négociations amiables ont échoué mais le dialogue reste possible
- Un enfant mineur demande à être entendu par le juge (ce qui rend le divorce amiable sans juge impossible)
- L’un des époux est sous mesure de protection juridique
- Vous souhaitez que le juge valide les dispositions pour garantir l’équilibre
Quand préférer le divorce amiable ?
Le divorce amiable reste préférable si :
- Vous êtes d’accord sur absolument toutes les conséquences
- Vous souhaitez divorcer rapidement et à moindre coût
- Aucun enfant mineur ne demande à être entendu
- Aucun époux n’est sous mesure de protection juridique
Les conditions du divorce accepté
Conditions de fond
Pour engager un divorce accepté, deux conditions essentielles doivent être réunies :
- Accord mutuel sur le principe du divorce : les deux époux reconnaissent que le mariage est définitivement rompu et acceptent le divorce
- Libre consentement : l’acceptation doit être donnée librement, sans pression ni contrainte
L’acceptation du principe de la rupture
L’acceptation peut intervenir de deux manières :
- Dans l’assignation et la première défense : le demandeur propose l’acceptation dans son assignation, et le défendeur l’accepte dans ses conclusions en réponse
- En cours de procédure : les époux signent un procès-verbal d’acceptation devant le juge ou par l’intermédiaire de leurs avocats
Point juridique : L’article 233 alinéa 2 du Code civil précise que l’acceptation n’est pas susceptible de rétractation, même par voie d’appel. C’est une protection contre les manoeuvres dilatoires, mais aussi un engagement définitif qui nécessite une réflexion approfondie.
La passerelle depuis un autre divorce contentieux
Un aspect souvent méconnu : il est possible de basculer vers un divorce accepté en cours de procédure, même si le divorce a été initialement engagé pour faute ou pour altération du lien conjugal. Cette « passerelle » est prévue par l’article 247-1 du Code civil et permet de dépassionner un conflit.
Le déroulement de la procédure
Phase 1 : La demande en divorce
L’avocat du demandeur rédige une assignation en divorce mentionnant le fondement juridique (articles 233-234 du Code civil). L’assignation est délivrée à l’autre époux par commissaire de justice.
L’assignation contient notamment :
- Le fondement de la demande (divorce accepté)
- Les demandes provisoires (logement, pension, garde)
- Une proposition de règlement des intérêts financiers
- La date de l’audience d’orientation
Phase 2 : L’acceptation formelle
Le défendeur, assisté de son avocat, accepte le principe de la rupture dans ses conclusions en réponse. Cette acceptation est définitive et irrévocable.
Si l’acceptation n’a pas été formalisée dans les écritures, les époux peuvent la formaliser lors de l’audience d’orientation, en signant un procès-verbal d’acceptation devant le juge.
Phase 3 : L’audience d’orientation et les mesures provisoires
Le juge aux affaires familiales tient une audience au cours de laquelle il :
- Constate l’acceptation du principe de la rupture
- Prononce des mesures provisoires : attribution du logement, pension alimentaire provisoire, organisation de la garde des enfants
- Fixe le calendrier de la procédure
Phase 4 : La mise en état
Les avocats échangent leurs conclusions sur les conséquences du divorce : pension alimentaire définitive, prestation compensatoire, partage des biens, modalités de garde. Des expertises peuvent être ordonnées si nécessaire.
Cette phase dure généralement entre 3 et 9 mois, selon la complexité du patrimoine et le nombre de points en litige.
Phase 5 : L’audience de plaidoiries et le jugement
Les avocats plaident devant le juge, qui rend son jugement dans un délai de 4 à 8 semaines. Le jugement prononce le divorce et statue sur toutes les conséquences.
Les conséquences spécifiques du divorce accepté
Pas de dommages et intérêts pour la rupture
Contrairement au divorce pour faute, le divorce accepté ne permet pas d’obtenir des dommages et intérêts au titre de la rupture du mariage (article 266 du Code civil). Puisque les deux époux ont accepté le principe de la rupture, aucun n’est considéré comme responsable.
La prestation compensatoire
Le juge peut accorder une prestation compensatoire à l’époux dont la situation financière se dégrade du fait du divorce. Le montant est calculé en tenant compte :
- De la durée du mariage
- De l’âge et l’état de santé de chaque époux
- De la qualification professionnelle et des perspectives d’emploi
- Du patrimoine de chacun après la liquidation du régime matrimonial
- Des choix professionnels faits pendant le mariage (cessation d’activité pour élever les enfants)
Le partage du patrimoine
Le juge peut ordonner la liquidation du régime matrimonial et désigner un notaire pour y procéder. Si les époux ne parviennent pas à un accord sur le partage, le juge tranchera les points de désaccord.
Le coût du divorce accepté
Estimation des frais
| Poste | Fourchette de prix |
|---|---|
| Honoraires d’avocat | 2 000 € à 5 000 € par époux |
| Commissaire de justice | 50 € à 150 € |
| Expertise immobilière (si nécessaire) | 500 € à 2 000 € |
| Frais de notaire (si partage immobilier) | 1 000 € à 3 000 € |
| Droit de partage | 1,10 % du patrimoine net partagé |
Aide juridictionnelle
Comme pour tout divorce, vous pouvez demander l’aide juridictionnelle si vos ressources sont insuffisantes. La demande se fait auprès du bureau d’aide juridictionnelle de votre tribunal judiciaire.
Conseils pour réussir votre divorce accepté
Formalisez l’acceptation en toute connaissance de cause. Prenez le temps de comprendre les implications juridiques avec votre avocat avant de signer. L’irrévocabilité de l’acceptation est un point crucial.
Identifiez précisément vos points de désaccord. Plus vous êtes clairs sur ce qui bloque, plus votre avocat pourra concentrer ses efforts sur les vrais enjeux.
Rassemblez tous les documents financiers. Revenus, patrimoine, charges, dettes : un dossier complet accélère la procédure et permet au juge de statuer de manière éclairée.
Restez ouvert à la négociation. Le fait d’être passé en divorce accepté ne signifie pas que tout doit être tranché par le juge. Les avocats continuent de négocier pendant toute la procédure.
Envisagez la médiation familiale. Particulièrement utile pour les questions relatives aux enfants, la médiation peut aider à trouver des accords durables sur les points de désaccord.
Pensez à l’après-divorce. Anticipez votre situation financière post-divorce (logement, charges, fiscalité) pour formuler des demandes réalistes et construire votre avenir sereinement.
Questions fréquentes sur le divorce accepté
Peut-on se rétracter après avoir accepté le principe de la rupture ?
Non. L’acceptation du principe de la rupture est irrévocable, conformément à l’article 233 du Code civil. C’est pourquoi il est fondamental de bien réfléchir et d’être accompagné par un avocat avant de donner votre acceptation. Toutefois, l’acceptation peut être annulée si elle a été obtenue par violence ou sous la contrainte.
Mon conjoint a accepté le divorce mais refuse de négocier. Que se passe-t-il ?
Si votre conjoint ne coopère pas dans la phase de mise en état (refus de communiquer des pièces, absence aux audiences), le juge dispose de moyens pour faire avancer la procédure. Il peut fixer des délais impératifs, tirer les conséquences du refus de communiquer, et in fine statuer sur la base des éléments dont il dispose.
Le divorce accepté est-il plus rapide qu’un divorce pour faute ?
Oui, nettement. Un divorce accepté dure en moyenne 6 à 12 mois, contre 18 à 36 mois pour un divorce pour faute. L’absence de débat sur la responsabilité de la rupture simplifie considérablement la procédure. C’est d’ailleurs pour cette raison que de nombreux divorces pour faute sont convertis en divorces acceptés en cours de procédure.
Peut-on cumuler un divorce accepté avec une demande de dommages et intérêts ?
Pas au titre de la rupture du mariage elle-même. En revanche, si vous avez subi des violences conjugales ou d’autres faits fautifs indépendants de la procédure de divorce, vous pouvez engager une action distincte en responsabilité civile (article 1240 du Code civil) pour obtenir réparation.




