Le divorce à l’amiable — ou plus précisément le divorce par consentement mutuel — est la procédure la plus rapide et la moins conflictuelle pour mettre fin à un mariage lorsque les deux époux sont en accord sur toutes les conséquences de leur séparation. Depuis la réforme de 2017, la majorité de ces divorces se déroule sans juge, directement entre avocats et notaire.
Voici la procédure complète, expliquée clairement.
Étape 1 : vérifier que vous remplissez les conditions
Avant tout, confirmez que le divorce à l’amiable sans juge est accessible à votre situation. Les conditions sont cumulatives :
Accord total entre les deux époux sur toutes les conséquences : partage des biens, sort du logement familial, pension alimentaire pour les enfants, mode de garde, prestation compensatoire éventuelle.
Aucun enfant mineur ne demande à être entendu par un juge. Cette condition est souvent mal comprise : vous pouvez avoir des enfants mineurs et divorcer à l’amiable sans juge — à condition qu’aucun d’eux ne formule expressément la demande d’être auditionné par un magistrat. Les parents doivent informer leurs enfants de ce droit.
Aucun des deux époux n’est sous protection juridique (tutelle, curatelle, sauvegarde de justice).
Si l’une de ces conditions n’est pas remplie, le divorce doit passer par le tribunal. Cela ne signifie pas qu’il sera conflictuel — le divorce judiciaire accepté reste une procédure amiable mais avec l’intervention d’un juge.
Étape 2 : choisir chacun son avocat
Le divorce par consentement mutuel sans juge exige obligatoirement deux avocats distincts, un pour chaque époux. Vous ne pouvez pas partager le même avocat — c’est une garantie légale d’indépendance pour chaque partie.
Comment choisir son avocat :
- Priorité aux avocats spécialisés en droit de la famille
- Demandez des recommandations à votre entourage ou consultez le barreau de votre département
- Comparez les tarifs horaires et les forfaits de divorce
- Évaluez la disponibilité et la qualité de la relation lors du premier rendez-vous
Les deux époux peuvent choisir des avocats dans des barreaux différents — aucune obligation de même ville.
Étape 3 : le premier rendez-vous avec votre avocat
Lors de cette consultation initiale (comptez 1 à 2 heures), votre avocat :
- Analyse votre situation personnelle, patrimoniale et familiale
- Explique vos droits et vos obligations dans le cadre du divorce
- Identifie les points potentiellement litigieux (patrimoine, garde, pension)
- Évalue la prestation compensatoire éventuelle
- Vous informe sur les délais et les coûts
Documents à préparer pour cette consultation :
- Livret de famille
- Copie intégrale récente de l’acte de mariage (moins de 3 mois)
- Contrat de mariage (si existant)
- Justificatifs de revenus des deux époux (bulletins de salaire, avis d’imposition)
- Relevés de comptes bancaires et d’épargne
- Titre de propriété ou bail si location
- Tableaux d’amortissement des crédits en cours
Étape 4 : la négociation entre avocats
Les deux avocats travaillent ensemble pour rédiger la convention de divorce. Ce document doit régler exhaustivement toutes les conséquences du divorce :
Pour les époux :
- Date d’effet du divorce
- Usage du nom marital par l’épouse (si applicable)
- Liquidation du régime matrimonial (partage des biens)
- Sort du logement familial (vente, attribution à l’un des époux, maintien temporaire)
- Prestation compensatoire (montant, modalités de versement : capital ou rente)
- Répartition des dettes
Pour les enfants :
- Autorité parentale (conjointe dans la grande majorité des cas)
- Résidence habituelle (l’un des parents ou alternée)
- Organisation du droit de visite et d’hébergement si résidence chez un parent
- Montant et modalités de la contribution à l’entretien et à l’éducation (pension alimentaire)
- Indexation annuelle de la pension
Cette phase prend en moyenne 4 à 8 semaines, selon la complexité du dossier et la fluidité des échanges entre les deux parties.
Étape 5 : l’envoi du projet de convention et le délai de réflexion
Une fois le projet de convention finalisé, il est envoyé à chaque époux par lettre recommandée (ou remis en main propre contre signature).
À compter de la réception, un délai de réflexion incompressible de 15 jours commence. Pendant ces 15 jours :
- Relisez attentivement la convention avec votre avocat
- Posez toutes les questions nécessaires
- Vous pouvez demander des modifications si vous n’êtes pas satisfait de certains points
- Vous ne pouvez pas signer avant l’expiration de ce délai
Ce délai n’est pas une formalité — il est là pour vous protéger. Prenez-le vraiment.
Étape 6 : la signature de la convention
Après l’expiration des 15 jours de réflexion, les deux époux et leurs deux avocats se réunissent pour signer la convention de divorce. Cette signature se déroule généralement au cabinet de l’un des deux avocats.
Chaque avocat contresigne la convention, conférant à l’acte sa valeur juridique particulière : c’est un acte sous signature privée contresigné par avocats, qui a une force probante renforcée par rapport à un simple document privé.
Étape 7 : le dépôt chez le notaire
Dans les 7 jours suivant la signature, l’un des avocats dépose la convention chez le notaire. Le notaire dispose ensuite de 15 jours pour :
- Vérifier la régularité formelle de la convention (présence de toutes les mentions obligatoires, respect du délai de réflexion)
- Enregistrer la convention au rang de ses minutes — elle devient alors un acte authentique
- Délivrer l’attestation de dépôt
Le divorce est officiellement prononcé à la date du dépôt chez le notaire.
Les frais de dépôt notarial sont fixes et réglementés : 49,44 € HT (environ 60 € TTC).
Étape 8 : les démarches post-divorce
Dans les semaines suivantes, plusieurs démarches sont à effectuer :
Mise à jour de l’état civil : votre avocat transmet l’attestation de dépôt à l’officier d’état civil de la mairie de votre lieu de naissance pour que la mention du divorce soit portée en marge de votre acte de naissance.
Démarches administratives personnelles :
- Informer la CAF, la MSA, la Sécurité sociale, la caisse de retraite
- Mettre à jour votre situation fiscale (vous serez imposé séparément)
- Informer votre banque, votre assurance, votre employeur si nécessaire
- Mettre à jour votre testament si vous en avez un
Démarches patrimoniales :
- Si un bien immobilier a été partagé, le notaire procède à la publicité foncière
- Clôture ou partage des comptes bancaires communs
- Modification des bénéficiaires d’assurance-vie
Combien de temps prend un divorce à l’amiable ?
Le délai total varie selon la complexité du dossier :
| Phase | Durée estimée |
|---|---|
| Collecte des documents et consultations initiales | 1 à 3 semaines |
| Négociation entre avocats et rédaction de la convention | 3 à 8 semaines |
| Délai de réflexion obligatoire | 15 jours minimum |
| Signature + dépôt notarial + enregistrement | 3 à 4 semaines |
| Total moyen | 2 à 4 mois |
Les dossiers simples (pas d’enfants, peu de patrimoine) peuvent être finalisés en 6 semaines. Les dossiers complexes (patrimoine important, SCI, biens à l’étranger) peuvent prendre 6 mois ou plus.
Conclusion : un divorce qui se prépare
Le divorce à l’amiable est souvent présenté comme « simple ». Il est en réalité moins conflictuel qu’un divorce contentieux, mais il exige une vraie préparation — rassembler les documents, comprendre ses droits avant de négocier, et s’assurer que la convention protège équitablement les deux parties sur le long terme. Investissez du temps dans cette préparation : c’est une décision aux conséquences durables.




